Toujours cru que j’étais un candidat à risque pour le cancer de la prostate

par Benoit, 53 ans

J’appréhendais la vérité et j’ai toujours cru que j’étais un candidat à risque pour le cancer de la prostate depuis que mon père a été diagnostiqué et opéré vers l’âge de 69 ans. Je dois avouer que j’espérais le contraire. J’en parlais avec mon médecin de famille lors de mes examens annuels et celui-ci a entamé un dépistage en bonne et due forme à mes 53 ans.

L’examen physique ne révélait pas une prostate anormalement grosse. Cependant, le test sanguin révélait un taux de APS total de 4,6; suffisamment élevé pour soulever un soupçon chez mon médecin. Celui-ci m’a alors remis une requête pour une échographie transrectale ainsi que pour une biopsie prostatique.

L’échographie n’a pas révélé d’anomalie sérieuse qui aurait exigé un traitement immédiat. Cependant, la biopsie a confirmé un taux de Gleason de 6/10 sur 4 des 6 échantillons prélevés. Le diagnostic de cancer m’a ébranlé, car même si je me considérais comme un candidat à risque, j’espérais en être épargné. Ma femme a démontré un sang froid incroyable et m’a donné tout son support pour trouver la meilleure solution.

Mon médecin m’a alors référé à un spécialiste pour décider de la meilleure marche à suivre. L’urologue m’a expliqué qu’en raison de mon bas âge et de la nature du cancer, que la meilleure solution était la chirurgie, une prostatectomie radicale. Il m’a aussi parlé des autres traitements possibles, comme la radiothérapie. Une mise en garde était de mise à l’effet qu’une chirurgie ultérieure à ce traitement devenait très difficile, en raison de l’état des tissus. De plus, mon chirurgien m’offrait un type de chirurgie qui m’inspirait confiance, soit par laparoscopie. Une technique moins envahissante et avec un meilleur pronostique, quant à la préservation des nerfs contrôlant l’érection. Cette technique diminuait aussi le risque d’avoir recours à une transfusion sanguine lors de l’opération. J’avais la chance de présenter un profil qui convenait à ce type d’intervention. Ce fut une décision très difficile à prendre. Après réflexion ma femme et moi avons décidé d’un commun accord que la meilleure chose à faire était d’éradiquer toute trace de cancer. Cette décision avait pour but de jouir d’une espérance et d’une qualité de vie appréciable.

Même si la chirurgie était la meilleure décision logique, il n’en reste pas moins que j’étais très nerveux et inquiet. Je ne ressentais aucun malaise, et je n’avais aucun symptôme. Je me disais que je ressortirais peut-être de la salle d’opération en plus mauvais état, soit impuissant et/ou incontinent.

La chirurgie a duré 4,5 heures et je dois avouer que j’ai davantage souffert des conséquences de l’anesthésie et des médicaments antidouleur, que d’autres malaises. L’analyse des tissus de la prostate après l’opération a confirmé un taux de Gleason de 7/10.

La chirurgie par laparoscopie était moins envahissante. Je n’avais que cinq petites incisions d’à peine 2 ou 3 centimètres, dont une au nombril. Douze heures plus tard, je marchais déjà. J’ai eu mon congé de l’hôpital après trois jours, et le cinquième jour je suis retourné à l’hôpital pour faire enlever le cathéter. J’ai alors commencé à porter une protection sanitaire dans mes sous-vêtements pour absorber les fuites d’urine, et ce, seulement durant le jour. Je n’ai jamais eu de problème de fuite pendant la nuit. Durant le jour, les fuites se produisaient surtout lors d’un effort comme soulever un poids, lors d’un éternuement, ou lorsque la vessie semblait être plus irritée, par la consommation d’alcool. L’infirmière m’a alors enseigné comment faire des contractions pelviennes pour compenser l’absence de contrôle. Six mois après la chirurgie, j’ai arrêté de porter de façon systématique une protection sanitaire, car certains soirs, elle était à peine humide.

Mon chirurgien m’avait donné un congé de six semaines et après environ trois semaines, j’ai repris le travail. Je me sentais assez en forme. Mon travail n’était pas demandant physiquement, et j’ai été en mesure de faire beaucoup de travail de bureau à la maison. J’ai commencé à conduire mon auto environ une semaine après la chirurgie. On m’a expliqué que les restrictions de conduite étaient surtout pour éviter des pertes de contrôle advenant une crise de douleur inattendue. Je n’ai jamais ressenti de douleur intense après ma chirurgie, si ce n’est que de légères douleurs dans la région du scrotum. Le temps de cicatrisation a été d’environ deux mois. J’ai constaté, que si les intestins ne sont pas constipés, il y a moins de douleur dans cette région.

Environ trois ou quatre semaines après la chirurgie, j’ai pu constater que le plaisir sexuel était présent, même si je n’avais pas d’érection suffisante pour une pénétration. Je savais que les nerfs avaient été préservés parce que je pouvais ressentir à l’occasion des érections spontanées. Comme il m’a été expliqué par le chirurgien et l’infirmière, les nerfs pouvaient mettre jusqu’à deux ans avant de se régénérer, à raison de 1 millimètre par jour. Le médecin m’a alors prescrit le viagra et le cialis pour tenter d’aider la situation. Avec ces médicaments, j’avais l’impression d’avoir une érection plus solide, mais pas assez pour une pénétration. Je me suis résigné aux effets secondaires tels que mentionnés par les fabricants, mais l’absence de résultat me décourageait. Je crois que ces médicaments pourront être plus efficaces dans un an ou deux lorsque les nerfs auront récupéré.

Même si mon épouse me démontrait tout son appui, son amour et sa compréhension, j’avais peur que ça devienne un jour un obstacle à notre vie intime. Je ressentais une certaine frustration, possiblement à cause d’une trop grande impatience de ma part. Nous avons assisté à une session qui parlait de la sexualité et du cancer de la prostate dans le cadre d’une rencontre d’un groupe d’entraide. Plusieurs solutions ont été présentées et celle qui m’a le plus intéressé était le traitement par injections dans le pénis. Ma femme n’était pas emballée à l’idée, mais j’ai décidé de poursuivre quand même la démarche auprès de l’infirmière et du médecin.

C’est alors que, six mois après mon opération, j’ai suivi trois sessions de formation avec l’infirmière où j’ai appris comment m’administrer les injections. Dès la première fois où je me suis injecté à la maison, j’ai réussi à obtenir une érection assez solide pour une pénétration. Ce n’était pas comme avant l’opération, l’érection n’ayant pas été soutenue. Après avoir parlé au médecin, celui-ci m’a montré comment augmenter la dose graduellement. J’ai confiance que les nerfs vont se régénérer petit à petit et je dois contrôler mes attentes qui sont trop grandes, compte tenu du peu de temps depuis l’opération.

Depuis la chirurgie, j’ai eu deux contrôles sanguins et ceux-ci se sont avérés négatifs. Mon médecin spécialiste a aussi pris soin de m’aviser de ne pas prendre de poids et de m’inspirer des habitudes alimentaires recommandées par le Conseil Canadien sur les Maladies de la Prostate.

En bout de ligne, je n’ai jamais regretté un seul instant ma décision d’avoir accepté la chirurgie parce que je suis convaincu que mon espérance et ma qualité de vie seront meilleures à long terme. En ce qui me concerne, vivre sans cancer est moins stressant que de savoir qu’on en a un et qu’il pourrait se répandre de façon sournoise.

Un dépistage hâtif est certes la meilleure recommandation, surtout pour les personnes qui présentent un certain risque. Je tiens aussi à souligner que j’ai eu la chance d’avoir tous les éléments qui ont favorisé une excellente guérison physique et psychologique :

  • Un dépistage précoce par mon médecin de famille.
  • Un chirurgien exceptionnel, qui pratique une technique moins envahissante.
  • Un suivi infirmier à l’hôpital sans reproche avec des infirmières compétentes et disponibles.
  • Mes collègues de travail qui m’ont donné toute leur amitié et leur support.
  • Et surtout ma famille : mes trois enfants qui m’ont entouré d’attention et ma tendre épouse qui continue à me manifester son amour.

Aujourd’hui, six mois après l’opération, je peux dire que j’ai une vie aussi remplie qu’avant au niveau de mon travail, de mes activités sociales et familiales. J’ai des projets de voyage et d’activités physiques pour les mois à venir.

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